
Plutôt qu'une lettre cachetée, j'aurais préféré, au moment de franchir le guichet en aveugle comme la taupe au printemps, que la vie me fût servie sous la forme d'un blanc-seing. Il m'aurait mieux nourri que le tiède colostrum du téton maternel, et j'aurais bu du petit-lait sans compter le restant de mes jours, sans parler de mes nuits, ni redouter les à-coups de la guillotine dont j'aurais pris soin de huiler les glissières et d'aiguiser la lame autant que ma plume ‒ après moult vérifications galiléennes sur la chute des corps ‒, enluminant à ma guise cette main de papier vierge d'un guillochis délicat à faire tomber une chiromancienne ‒ plus ou moins rapidement selon la résistance de l'air. J'ai voulu tempérer ma déception par la conviction, digne d'un charbonnier immaculé, que s'il n'y a rien ni personne pour apposer une signature au bas du document, il n'y a sans doute rien ni beurre en broche non plus pour en sceller l'enveloppe, et me suis consolé un instant avant de saisir jusqu’où la vicissitude étale la poisse : la destinée est autocollante.
L'illustration présentée est le dessin d'un cor postal tel qu'on le trouve dans le second roman de Thomas Pynchon, "Vente à la criée du lot 49" (1966).
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