samedi 22 septembre 2018

Bricoles : 014 - Exégèse




















Il viendra un temps où l'idée même de voyage apparaîtra déplacée et selon toute apparence, personne ne se déplacera plus. L'humanité restera les yeux rivés sur les écrans où défilera le quotidien des vies comme le fait un paysage à travers les fenêtres d'un train, mais ces fenêtres-là seront posées sur les planchers, et les corps allongés sur le dos en travers des rails boulonnés par-dessus regarderont en direct à l'intérieur des wagons les images filmées de leurs propres supplices s'enfuir à toute vitesse, leurs derniers soupçons de mobilité s'évaporer dans le flirt d'une mise en abyme avec un balayage ophtalmique latéral, tandis qu'un rugissement continu tiendra la chandelle, bien que si j'avais à sonoriser cette séquence de ma nuit, je choisirais un morceau plus sautillant qu'un simple drone. Ursus Arctos Wonderfilis de Gastr del Sol pourrait tout à fait convenir. C'est le rêve que j'ai fait la nuit dernière et qui m'est soudain revenu dans la matinée. Sans doute n'ai-je pas tout donné dans mon "éparpillement", y aurait-il une frustration à s'être faufilée dans l’arrière-boutique de mes petites boucheries paradoxales ? je reste songeur. J'essaie maintenant de coucher par écrit ce casse-tête aux faux airs d'Escher l'illusion d'un trompe-l’œil, mais avec un je-ne-sais-quoi de Topor, pas simple de s'y retrouver avant qu'il ne s'évanouisse pour de bon. Je tiens aussi à préciser que c'était bien un rêve et non un cauchemar, un rêve tranquille qui n'a pas perturbé mon sommeil : j'assistai à cette scène vidéo-ferrovière sans peur ni suée aucunes comme un observateur ne se sentant guère concerné par l’événement ; sans excitation particulière non plus, je ne me suis pas vu dans la situation d'un voyeur. J'étais un dieu blasé de sa création et je tente à présent d'abolir cette indifférence en convoquant le démon de l'écriture quelque part entre ironisme et onirisme.

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