vendredi 12 août 2011

Diversifier le fait-divers

Un ami asiatique me racontait l'autre jour, dans son français de petit nègre, avoir assisté dans la rue à une scène comme il s'en passe parfois, anecdote navrante ou croustillante, c'est selon, pour peu qu'on se trouve là au bon moment et au bon endroit.
Une jolie femme se promenait accompagnée d'un homme qui transpirait beaucoup, cela se passait par une chaude journée dans le Midi de la France. Elle trébucha dans la rue, une rue d'Avignon. Un talon haut et instable en fut la cause, talon d'Achille en dépit d'une marche pourtant assurée. Dans sa chute, sa jupe se retroussa laissant voir de ces dessous qui prennent vite le dessus dans les rêves des hommes. Mais ce n'était pas là un problème pour elle parce qu'une chose bien plus grave lui arriva quand sa mâchoire rencontra le dur trottoir. Elle se cassa deux ou trois dents, il ne sait pas trop combien, il n'était pas dans sa bouche. Pour tout dire, il était dans sa bouche à lui, c'est son travail, il est égoutier. Le sang qui emplissait sa bouche à elle déborda sur le très beau rouge de ses lèvres. Le trop-plein dégoutta sur le pavé dégoûtant, pas loin de sa bouche à lui, formant une flaque qui se mit aussitôt  à s'oxyder au contact de l'air, s'obscurcissant plus tard vers un brun sale. Il apparut qu'elle s'était également tordu la cheville et éprouvait une difficulté certaine dans l'acte de se relever seule. Son connard de compagnon refusa dans un premier temps de lui venir en aide. Mon ami pensa qu'elle pensait que ça lui faisait plaisir de la voir comme ça, allongée dans le caniveau. Elle héla des passants qui continuèrent de passer, n'ayant jamais mieux porté leur nom que ce jour-là, soucieux d'éviter les embrouilles et les guets-apens. D'autres au contraire s'attroupèrent, inutiles, prenant la scène comme un spectacle, une animation de rue combinée par des comédiens du off, il est vrai que c'était pendant le Festival. Plus elle réclamait, plus ils applaudissaient, les innocents, et ils bissaient pendant que son sang pissait. La suppliciée supplia  presque l'homme que les gens croyaient bon acteur. Finalement, il accepta de lui prêter secours, tendant une main poisseuse de sueur. Ils se disputèrent ensuite sans se soucier des oreilles et des regards des passants spectateurs. Dans les insultes qu'elle crachait en même temps que des postillons sanglants, parmi les mots amputés des phonèmes qui exigeaient l'usage de dents disparues, il comprit qu'elle avait perdu quelques incisives du haut ainsi que l'homme très bas qu'elle injuriait. C'était son ancien mari. La suite de cette affaire, il ne la connait pas. Il ne s'est pas trop attardé là-dessus, vu qu'il avait pas mal de travail là-dessous.
Je vous ai raconté à mon tour ce que m'a raconté mon ami asiatique. C'est quelqu'un qui s'exprime de façon très laconique, alors il est possible que j'aie peut-être un peu enjolivé son histoire. J'aime broder les mots dans la phrase, jouer du crochet au coin de la page. En fait, je crois bien me souvenir qu'il m'a seulement dit ceci :
En Occident, un accident occitan excitant : occises dents, excédent s'oxydant, ex cédant, exsudant.

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