lundi 15 août 2016

*Ghorto 8
























La prison rénovée est prête à nous accueillir mais comme le temps est au beau, le directeur – qui a toujours vécu à nos côtés – a décrété la prolongation de notre villégiature.

Quelques toiles d'araignée garnissaient les angles de mon ancienne cellule ; ici, dans ce pré, rien de discret : toile de près ; toile de fond ; toile de tente ; il ne manque plus que l'accès au web.

Un fossé à l'écart nous sert à soulager nos besoins naturels ; l'intendance, toujours problématique, renâcle à nous fournir le papier ; pour ma part, je me dépanne avec les pages du chapitre XIII de l'exemplaire de Gargantua que j'ai pris à la bibliothèque de ma vieille prison avant notre départ : voilà bien un prêté pour un rendu.

Par contre, j'ai fort apprécié l'acte de proctologie dispensé par mon gardien à l'aide du canon de sa mitraillette ; sans doute trop de riz blanc dans le rata quotidien qui nous échoit.

Les cuisines sont rachitiques, les portions incongrues, le personnel volatil ; Harpagon, aussi calculateur que l'intendance, propose d'y mettre sa fille au piano.

Proposition acceptée : Élise est arrivée pour prendre ses fonctions ; cette jeune fille est si gracile que ses pieds sentent le fromage allégé.

Maître Knock, par l'odeur alléché, se prend pour un bourreau des cœurs ; il révise son manuel de cardiologie en se caressant la barbe.

Chaque jour est un vendredi noir crucifiant nos intestins grêles de Robinsons que la bile déserte.

Dans sa prison de la Catedral, le détenu Pablo Escobar se faisait livrer du caviar à la louche, des soufflets au fromage pour avoir pincé les fesses des serveuses, des prostituées au dessert et des religieuses au café ; il n'y a pas de justice.  

Malgré la raréfaction des vivres, le prétendu abbé Faria jubile : rien ne creuse mieux que d'avoir faim...

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