J'aurais beau prier le ciel de m'ouvrir son noir manteau scintillant, jamais je ne pourrais mettre le grappin sur les étoiles : leurs branches n'ont rien de la concrétude des patères.
Seul le soleil levant pourrait me hisser vers lui ; ceint de la rosée du matin, je m’envolerais comme Savinien de Cyrano de Bergerac qui connut maintes prisons sidérales.
Il y a eu une brève série de vols à l'intérieur du camp ; on soupçonne le détenu Papillon de ces larcins éphémères.
À l'orée du pré, là où rien n’a été fauché, de grandes berces montent la garde comme des nounous au jardin public ; leurs ombelles prennent un air d'ombrelles.
Au beau milieu de notre terrain encombré, un massif de Lupini angustifolii se faufile dans la ruelle qui sépare si peu deux rangées de nos tentes : l'inspecteur Ganimard va encore en perdre son latin.
Aucun barbelé n'enclot ce camp : ce sont les ronces qui forment les murs, rendant épineuse la moindre tentative d'évasion, sans compter les orties qui irritent tout le monde.
Sans lever le petit doigt, Harpagon me les brise menu ; quelle économie de moyens !
Knock est sournoisement jaloux de ce succès : il me cherche des poux dans sa barbe.
Il n'y a que le prétendu abbé Faria à garder son calme ; il pense avoir découvert que notre camp se situe dans la Creuse...

Bonjour, Gilbert.
RépondreSupprimerLa semaine dernière, le rebondissement du camp provisoire hors les murs avait introduit un nouveau rythme dans la succession des notations : elles se complétaient pour explorer un nouveau territoire, et non plus pour figurer l'égrènement des jours. Aujourd'hui, alors que le provisoire dure, il y a encore découverte de l'espace carcéral inattendu et passage incertain du temps. Je goûte fort ces renouvellements d'inspiration - et l'introduction de nouveaux personnages, qui promettent d'étoffer les possibilités du sujet mi-kafkaïen mi-perecquien que tu t'es donné.
Guillaume
Bonjour Guillaume,
SupprimerCe que tu appelles les “nouveaux personnages” n’en sont pas toujours. Souvent, il s’agit seulement de citer des “prisonniers célèbres” pour apporter de l’eau à mon moulin encyclopédique, bien que parfois je les affuble du titre de “détenu” comme certains autres personnages, ce qui peut prêter à confusion en laissant penser qu’ils seraient tous présents dans l’histoire – en plus d’y être dans l’Histoire. Mais c’est par cette confusion même que je crois générer le flou propre à tous les rêves, soient-ils un cauchemar éveillé où tout peut arriver alors qu’en définitive il ne se passe pas grand-chose. En fait, je m’y perds moi-même, ce qui est plutôt bon signe...
Gilbert