jeudi 28 juillet 2011

Vénérer, révérer et énerver Perec et qelqes êtres

L'enlèvement

Tels Verne et Wells, je prends les pennes, dépense de l’encre et mets en texte l’enquête que menèrent S.H. et le frère de crèche de ce mec. Je mets frère de crèche et que les pédés grecs se revêtent ! Je ne fréquente ce genre de préférences. Je représente le bel éphèbe de trente et quelques, serf empressé des femmes et présentement dégrevé de serments.
Le temps se presse vers l’été et les prés verts se dessèchent. Le vent léger lève lentement les gréements des nefs et les emmène en mer vers des terres de denrées recherchées que les nègres vendent en perte. Les élèves en éternelle récré se détendent et ne pensent guère en des rentrées détestées. L’enlèvement de l’évêque d’Exeter crée chez les news des démêlés que les gens décèlent : ce n’est que mésentente entre les énervés et les réservés. Des révérendes mères pensent que l’évêché est trempé en de sévères péchés et les prêtres détestés célèbrent des messes en des temples que les gens désertent. Des gentlemen tempérés en l’excès émettent des réserves, pressentent l’événement éphémère et pensent que c’est bête de déterrer les serpes de guerres.
Pressé, je rentre et espère S.H. présent. Le célèbre expert en démêlement est levé, des mèches rebelles et emmêlées le gênent, le nez revêche est en reflet et des cernes émergent tellement que je pense en l’excès délétère de "seven per cent" récemment. S.H. se perce fréquemment le derme (je repère que c’est enflé) et ce remède de merde l’emmène vers des édens rêvés et éphémères. Je tempête et  S.H. se vexe, tend le membre dextre, prête serment et ment :
-« Je ne prends de speed de même que le frère de Mémé c’est Vernet, le french des fresques. Réel de réel ! † de chêne, † de fer, je mens et je me jette en enfer ! »  
Des vécés, je l’entends déféquer des selles détrempées et ce que je sens empeste et m’énerve, je préfère des excréments fermes.   
-« Well ! Je relève des dépêches sévères. The queen, régente de cette terre, ne permet cet enlèvement. Elle se sent lésée, très blessée. Elle présente cette requête, que je mène l’enquête. » me prétend l’expert, les fesses serrées.
-« Que chercher, S.H. ? » 
-« Très cher, j’entreprends les recherches dès que des éléments se présentent. Je pense enquêter en vêtements décents et me vêts présentement. »
-« Mettez des effets légers, S.H., le temps très clément ne semble guère gelé et l’ensemble en tweed n’est guère sensé. Ce n’est qu’en septembre que les vestes se ferment et en décembre que les guêtres reprennent. » 
Je descends les quelques degrés vers le rez, seventeen steps nettement recensées. S.H. me précède et prend pédestrement vers Regent Street. Le West End ne semble déréglé, les gens se remettent lentement de l’événement et j’entends même des sentences guère décentes jetées vers de frêles femmes excédées de cette légèreté. Des clebs émettent des jets vers les réverbères, le revêtement est grevé de fèces de setters. Quelle gêne !
-« S.H. ? »
-« Yes ! »
-« Repérer l’évêque en cet enfer, c’est chercher des fléchettes en des gerbes de blés enténébrées. Cette géhenne rend hébétés même les elfes et les fées. » 
-« Certes, très cher ! »      
Vers le centre, les gens en excès se pressent, émergent des venelles resserrées tels des ensembles de guêpes véhémentes, entrent prendre des verres, entreprennent de se présenter, se respectent, se mettent en vedette, s’énervent, se hèlent. Bref ! Ce n’est guère désert.
Près de St Clement en Fleet Street, bel exemple entre les quelques temples pérennes de C.Wren, le nez exercé de l’expert, tel le teckel dressé, se tend et décèle des relents éventés en des fenêtres élevées. Je repère sept échelles créées en des essences recherchées : ébène, frêne, hêtre, chêne, cèdre, mélèze et teck. S.H. jette les dés, prend l’échelle de chêne et s’élèvent vers les fenêtres, elles révèlent membres, ventre, sexe, vertèbres et tête enchevêtrés que dépècent des dents et des becs entêtés. Le verre est dense et se blesser n’est que gêne.  S.H. redescend et tente d’entrer, c’est fermé. Les clés de l’expert se présentent en des pênes rebelles et l’entrée reste scellée. S.H. s’énerve que cette herse ne cède, prend des esses emmenées exprès et les met entre les éléments très serrés de cette entrée que les fers fendent net. S.H. pénètre et les bêtes gênées se dépêtrent de l’encerclement, ne restent, se dépêchent vers les ténèbres. L’expert penche le chef vers ces déchets et révèle le secret de cet éventré, ce presque squelette. C’est les restes de l’évêque décédé. Je me sens gêné, mes lèvres tremblent et je gerbe, je rends des crêpes chèrement cédées (dépense de trente-sept pence). S.H. se redresse et me tend des kleenex de dentelle.
Cet élément de l’enquête me rend perplexe.   
-« Je sèche, S.H., que détecter de cet événement ? » 
-« Je ressens cette enquête éthérée tels les rêves, les règles que crée Perec et celles qu’engendre A.C.D. ne s’entendent guère. Les lettres que ce texte ne permet se vengent. Remember quel genre de bêtes démembrèrent l’évêque, ce n’est des belettes, des chèvres, des zèbres, des crevettes. Je lève l’empêchement de révéler les lettres extrêmes, le règlement est excepté le temps d’épeler en vert lama, ibis, dodo, fugu, alpaga, ouistiti, bonobo, urubu. »
Je reste hébété et vert de détresse, des êtres célestes génèrent le réel et ce réel n’est que texte ! ? ! Ce réel que mes sens bernés pensèrent terrestre est d’essence lettrée ! Cette exégèse blesse l’entendement.
L’excellent S.H. et l’élève réservé rentrent prendre le thé et le dessert ensemble.
Rentrés et le thé versé, je lèche le reste de crème renversée (excellente recette de Mrs H.) et pense :
-« Et l'alpaga, le lama ! Ces bêtes ne vénèrent que l’herbe, que gérèrent-elles en ce dépècement ? »       
S.H. tente :
-« Le guet, très cher ! »
Je ne m’étends, le terme de cette enquête est prêt, elle prend les sentes des légendes éternelles. There’s never end… 
J.H.W., M.D.      




 Postface

Ce texte est évidemment un hommage flagrant à Georges Perec mais afin de ne pas trop le plagier, je me suis interdit de relire Les revenentes que j’ai découvert il y a une vingtaine d’années. Si des similitudes trop importantes devaient apparaître, trois causes possibles pourraient alors être invoquées :
 -Mon intellect a si bien digéré le texte, voici maintenant deux décennies, qu’il en recrache des bribes en les croyant de son fait. Quel prétentieux !
-Les mêmes contraintes finissent invariablement par reproduire les mêmes effets. La sélection naturelle des mots bien pourvus est le mécanisme essentiel de l’évolution du texte (je ne m’embourberai pas plus profond dans une réécriture darwinienne de 3000 ans de littérature,  mais si le cœur vous en dit !).
-C’est Perec qui a copié sur moi grâce à un  curieux effet rétroactif, le plagiat par anticipation,  concept redoutable qu’il se plut à imaginer dans Le voyage d’hiver sans se douter qu’il se retournerait un jour contre lui tel le monstre de Frankenstein (il est intéressant de noter que ce phénomène purement philosophique fut étudié en dehors de tout effet physique tel qu’on le trouve dans la littérature de science-fiction abordant le thème du voyage dans le temps). 
La contrainte de ce texte est la même que celle de mon illustre devancier, mais si elle obéit à un commandement d’ordre lipogrammatique monovocal nous obligeant l’un et l’autre à n’utiliser pour seule voyelle que le e, les modalités de son application en diffèrent légèrement. Perec s’interdit les qu et les transforme en q, ce qui est à mon sens un peu gratuit et assez inélégant (voir le titre du message de ce jour à titre d'essai) à moins que, ayant démonté les touches interdites de son clavier, il s'en soit trouvé réduit à de telles extrémités. Quant à moi, laissant les qu proliférer, je m’autorise dans un même élan les gu tant qu’ils sont le durcissement de la lettre g et ne ferai donc pas le gugusse (bien qu'ayant le droit d'être bègue) puisque dans ce cas, le u s’entend comme voyelle. L’important est qu’à l’oreille le texte tende vers un triphonisme classique, non tournesolesque et propre à la lettre e (é-è-e) bien que les mots de prononciation anglaise (speed, seventeen) constituent une exception à la règle ainsi que bien entendu les nombreux cas de voyelles nasales (règlement). Je trouve que ce n’est pas trop abuser, pas plus que Perec qui se permit d’user du y pas seulement en tant que consonne, sans parler de ses fautes d’orthographe volontaires, y compris dans le titre de l’œuvre, pour arriver à se sortir du merdier de 125 pages où il s’était fourré. Il fallait quand même tenir la distance et modestement, je reconnais avoir fait plus court.
La contrainte est forte et pour m’en sortir, j’ai du prêter au Docteur Watson des propos et des tournures de phrases qu’il n’aurait certainement pas tenus à l’époque victorienne. De même, opérant de hasardeux glissements sémantiques, j’ai été contraint de tordre le cou de certaines expressions afin d’en redresser les vertèbres vers des tournures plus conformes à l’absence des voyelles censurées. Plutôt que d’expliciter les cas un peu obscurs par des notes brisant la belle uniformité du texte, je renvois les lecteurs curieux à la consultation des dictionnaires. Prescrits en doses raisonnables avec quelques grammes de réflexion, une once de bon sens et une bonne bouillotte, ils s’avèreront d’excellents remèdes à la perplexité des moins perspicaces.
Pour apporter une couleur locale à cette aventure se passant à Londres, quelques mots anglais parsèment le texte, certains sont bilingues comme le tweed, d’autres tombent à pic comme Moriarty dans les chutes de Reichenbach, lui pour ses crimes, eux pour leurs e. Les traducteurs en manque, désireux d’adapter cette œuvrette dans la langue de Shakespeare, seront amusés et soulagés de rencontrer des mots bien commodes conservant leurs propriétés en traversant la Manche, tel l’enfer qui devient the hell et la préposition entre donnant between.
Le choix de l’évêque d’Exeter, personnage des Revenentes, est une autre composante de cet hommage. Ne croyez pas que j’ai cédé à la facilité, j’aurai pu imaginer le sergent-chef de Leeds ou le délégué des bergers de l’Essex. En l’introduisant dans cette histoire, je le fais entrer en résonance avec les vécés du 221B Baker Street dont on ne trouve pas trace dans le Canon, mais rien ne m’interdit de penser qu’ils existaient puisque leur invention date des années 1860 et qu’aucun pot de chambre n’est non plus évoqué par Conan Doyle. Georges Perec, pendant son service militaire, inventa cette blague : une bonne sœur égarée entre dans un bistrot tenu par un Auvergnat et demande son chemin :  « L’évêché, s’il vous plaît ? », on lui répond : « Au fond du couloir ! ».
Les esprits cartésiens qui s’étonneront de voir un dodo, volatile disgracieux disparu depuis le XVIIIème siècle, ainsi qu’un fugu, poisson mortel apprécié des kamikazes de la cuisine nippone, déambuler dans Londres sans éveiller l’attention, voudront bien considérer ces animaux échappés d’un zoo très spécial qui se nomme littérature populaire (une grande spécialiste de l’évasion) et se consoleront en imaginant le fugu véhiculé à travers les rues dans un bocal porté par le singe bonobo (mesure morale pour occuper les mains de ce grand palucheur sexuel) et le dodo en tant que spécimen naturalisé du British Museum rendu à la vie par les rituels égyptiens de l’ibis sacré. Quand on veut massacrer proprement un évêque, il ne faut pas lésiner sur des moyens que n’auraient pas reniés les grands feuilletonistes du passé. À noter que si le lama ne participe pas directement au carnage de part son régime strictement végétarien, il existe une seconde hypothèse pour expliquer sa réserve. D’après certaines sources autorisées, l’animal serait quelque peu métissé, sa mère omnivore l’ayant prénommé Serge.
Watson se plaint des déjections canines rencontrées sur le trottoir. Mais comment reconnaît-il là les méfaits des setters plutôt que ceux d’une autre race ? Probablement aura-t-il omis de rapporter les ingénieuses déductions que lui soutint Holmes tout en cheminant, afin de mettre à l’épreuve sa récente monographie sur les crottes de 33 espèces de chiens et la manière de les identifier en mettant le nez dedans. À moins que cet écœurement justifié ne soit qu’une façon codée d’exprimer un autre dégoût beaucoup plus douteux à l’encontre des miséreux qui s’aventuraient pour mendier jusque dans le cossu West End. La plupart étaient venus d’Irlande comme les setters.
D’autre part, je voudrais remercier Ysabelle Salembier-Picard qui m’a mis l’eau à la bouche grâce à son propre hommage perecquien, La mort du kuknos, un texte dépourvu de e mais non de talent dans la continuité de La disparition. En le lisant sur le site de la Société Sherlock Holmes de France où il est disponible, j’ai ressenti une violente pulsion me commandant d’insérer mon tenon dans cette mortaise, de glisser mon e minuscule et majuscule (cela dépend) dans cette plaie ouverte de voyelles afin de réconforter l’alphabet blessé. Dans l’hypothèse où elle prépare elle-même un texte à la contrainte identique, j’espère ne pas lui avoir coupé l’herbe sous le pied et l’invite à considérer cette bagatelle non comme un viol littéraire, mais plutôt comme une imbrication entre amoureux des belles lettres.
Ce texte ne se contente pas  seulement d’être un clin d’œil à Perec. En pratiquant cette œillade un peu voyante, la pupille s’est accidentellement retrouvée encombrée de cils qui sont autant de petits hommages parasites à des auteurs que j’adore et sans qui mon intérêt pour la littérature serait resté  moindre.
Le bon Docteur Watson s’étonne que son univers ne puisse être qu’une façade, un décor de théâtre en toile peinte, quelque chose de plat comme la page que je peux froisser, comme l'écran plat Samsung que je peux agencer, manipuler, digitaliser, numériser du bout des doigts en ne tempérant guère mon clavier. Tout à coup, le rideau se déchire et révèle la véritable finalité de cette réalité truquée : un tube à essai pour des entités souvent cruelles et pratiquant des expériences parfois dénuées de compassion. Des adeptes de cette religion la liste est longue, de Jorge Luis Borgès aux scénaristes de Matrix, de William Blake à William Gibson, mais il en est un qui me tient particulièrement à cœur : Philip K. Dick qui berça de noirceur mes soirées adolescentes quand le crépuscule tardait à tomber si bien que j’en venais à douter de l’été même. Pendant mes lectures, je surveillais les grosses mouches d’orage persuadé d’avoir à faire à de petits espions robotisés.
Quelques années plus tard, William S. Burroughs prit le relais avec ses scolopendres et je le remercie de m’avoir fait éprouver le choc réaliste de ses personnages déféquant dans des chiottes sordides entre deux prises de came. J’ai voulu m’en souvenir en présentant un célèbre cocaïnomane sur ses toilettes victoriennes. Le lecteur ne déduira rien des effets de la drogue sur le transit intestinal, je n’ai effectué aucune recherche dans ce sens. La diarrhée du grand détective est purement fortuite et si un expert me prouve qu’une solution à sept pour cent de cocaïne provoque au contraire une constipation irrémédiable, je la combattrai à grands renforts de pruneaux. Dans les œuvres de Burroughs, les camés sont souvent gays et c’est une piste vers les goûts sexuels de Holmes tels que les supposent certains pasticheurs d'Arthur Conan Doyle. L’énergie que déploie Watson à réfuter d’éventuelles accusations de camaraderies trop poussées avec son colocataire est plus que suspecte et semble indiquer qu’il aurait subi des avances de sa part, une rude épreuve pour un hétérosexuel victorien.
À l’inverse de Watson, Sherlock Holmes ne semble guère surpris de n’être qu’une suite de signes sur du papier (je ne pense pas qu’il soit à même d’en comprendre la version informatique) et puisqu’il cite Perec, nous sommes bien obligés de nous rendre compte qu’il était au courant depuis le début. Cette conscience qu’a le personnage du texte où il évolue nous renvoie à tous les individus de papier qui en firent l’expérience plus ou moins poussée, de l’obscur pressentiment à l’acceptation totale, de Don Quichotte à Achille Talon.  
Le cadavre de l’évêque est retrouvé près de l’église St Clement Danes, une œuvre de l’architecte Christopher Wren, grand bâtisseur du XVIIème siècle qui fit reconstruire 52 des 87 églises détruites lors du Grand Incendie de Londres en 1666. Les sept échelles que Watson découvre inopinément sont là pour créer un lien ésotérique avec les sept églises (échelles vers Dieu) évoquées dans L’architecte assassin, un roman de Peter Ackroyd où Wren apparaît comme personnage secondaire. Peter Ackroyd est aussi l’auteur d’un Grand incendie de Londres, titre également utilisé par Jacques Roubaud pour son énorme récit autobiographique dont la sixième et dernière branche intitulée La dissolution a été imprimée avec plein de jolies couleurs (dont un vert que j'ai réutilisé pour écrire mes animaux dévergondés et dévoyés par leurs vilaines voyelles) mettant bien en valeur toutes les incises et toutes les bifurcations de ce monument littéraire. Jacques Roubaud côtoya beaucoup son ami Georges Perec au sein de l’Oulipo et écrivit une suite au Voyage d’hiver.
Je vais maintenant mettre fin à cette postface pédante qui telle la grenouille voulant se faire plus grosse que le bœuf, a tant enflé qu’elle dépasse le texte en longueur et prétend prendre sa place si bien que l’ancien prétendant en est réduit à l’état de prologue. Cette éviction du trône a pour effet de transformer le tout en un hommage à Vladimir Nabokov qui imagina un procédé similaire avec Feu pâle. Un renvoi d’ascenseur bien mérité puisque dans ce roman, on trouve l’interrogation suivante : « Était-ce dans Sherlock Holmes, ce personnage dont les traces allèrent à reculons quand il mit ses chaussures à l’envers ? ».

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