samedi 6 octobre 2018

Bricoles : 018 - Équité


Supposons que j'aie frappé un être humain et que vous me précisiez que j'ai battu une femme, alors je vous répondrais que vous opérez là une discrimination. Mais à tout prendre, je pense que les femmes préfèrent la discrimination à la violence, du moins celles qu'elles subissent, l'une comme l'autre. C'est une compromission acceptable pour qu'elles y gagnent à tous les coups, sans y perdre au change ni jeter le bébé avec l'eau du bain. Toutefois, les frangines devront rester franc-jeu : pas de gémissements feints, ni de cris d'orfraie, ni d'entourloupes sous la loupe fêlée des flics, ni d'embrouilles si tentantes devant les tribunaux, nids de corbeaux acclimatés aux furies de la nouvelle tendance. Faudra pas pousser quand un zigue dans le bus, sec comme une trique, mi-Crumb mi-Kafka souffreteux, rond-de-cuir et tendre à la cuisson, spécimen cafardeux à la démarche peu assurée, employé chez Generali, imprimera un gai pinçon son modeste dérivatif sur le "chemin des dames" vers le bureau des tracas paperassiers sur l'ample fesse d'une Femen à forte poitrine ne manquant pas de souffle ni de protéines, une princesse vaillante veillant au grain et nourrie avec, en capacité de sécuriser elle-même son périmètre imposant, de surcroît vigile chez Carrefour bien qu'elle diffuse l'amabilité d'un char Leclerc , qui aura attendu ce quidam importun au tournant et de pied ferme, soit un bon quarante-deux. Si tu t'imagines, fillette, xa va xa va xa va passer.
À travers cette crainte de plaintes injustifiées, quelques vaguelettes au sein de la déferlante légitime, se dessine en filigrane le rapport de force que les femmes ont toujours entretenu avec moi. À la fin de l'adolescence, j'ai subi les assauts d'une bourgeoise trentenaire fan d'Emmanuelle. De mon côté, je fantasmais sur la Valentina de Crepax qui me semblait intellectuellement plus dégourdie. Celle qui ne s'appelait pas encore une cougar a mis cinq mois à me faire bander correctement. Je l'ai remerciée : merci Madame. Je n'ai jamais été un grand sportif, même si j'ai apprécié dans ma jeunesse la course à pied pour les magnifiques sensations voisines de la fuite que celle-ci m'a procurées en dépit d'une ambiance olympique de merde, et j'ai dû donner, dans une certaine et unique occasion, une gifle à ma compagne qui me l'a rendue au quintuple, intérêts échelonnés sur vingt-cinq ans de vie commune ‒ elle était comptable. Quelquefois, sur la table de nos repas, nous jouions au bras de fer pour ajouter un peu de piment entre nos assiettes de steaks hachés aux épinards. Dans ces moments de distraction, notre fils en profitait pour balancer ses légumes sous la nappe avant d'assister à ma défaite systématique. C'est aujourd'hui un grand garçon très bien éduqué qui a perdu un testicule dans une bagarre avec un crabe, mais il lui reste sa balle de match ; tout va donc pour le mieux. Sauf que sa mère n'a pas survécu à l'attaque d'un crustacé plus teigneux. Une courte vie et finir au crématorium, c'est brûler bien des étapes. Depuis cette malheureuse affaire, j'ai reçu à plusieurs reprises des fulgurations émanant de filles beaucoup plus jeunes que moi juste retour de manivelle , mais à chaque fois rien n'a pu être négocié, faute de disponibilité de la partie adverse et aussi d'enthousiasme à m'engager dans un combat perdu d'avance. Maintenant que la retraite a sonné après une longue guerre froide tout contre l'adversaire, je me sens apaisé, retiré des femmes. Elles sont devant moi comme elles étaient derrière : j'ai dû courir longtemps et faire le tour de la Terre. Valentina est ressortie en livre de coloriage. Où ai-je mis mes crayons ?

1 commentaire:

  1. L'illustration : On a pris pour habitude d'appeler "fillette" cette cage de fer. Ce sont les hommes qu'on enfermait à l'intérieur.

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