Les politiciens qui haranguent les foules nous ont toujours fait penser aux poissonniers qui vendent leurs harengs à la criée. Une similitude nauséabonde des odeurs et des paroles abonde en ce sens, et dans les deux cas un bon dessalage sera préconisé dès le retour au bercail. Une fois préparés, la chair et les discours pourront se révéler moins indigestes qu'ils ne l'étaient de prime abord sur des bancs matois devant le chaland piétinant un pavé rebattu. Il s'ensuivra, plus souvent qu'à l'accoutumée des imbéciles, un effet roboratif tant pour le corps que pour l'esprit. Jusqu'ici tout va donc pour le mieux dans le meilleur des vocabulaires : la paronymie de la harangue et du hareng, servant à merveille notre propos, nous allège d'un fardeau qui aurait embarrassé notre jonglerie avec les boules déjà lestées que sont les mots. Une euphorie légère s'empare de nous. Poissons béats, nous flottons entre deux lignes. Libérés de la pesanteur du style, nous nous apprêtons à décrocher un pompon bien mérité après toutes ces gesticulations plumitives, quand soudain le spectre de l'étymologie ‒ un bât blessant capable de nous étaler comme un crêpe noir ‒ se rappelle à notre bon souvenir : la probable origine commune des deux termes va nous casser la baraque, les laissant s'embrasser comme des frères, nous qui cherchions une amitié plus déliée de colocataires. Notre beau soufflé un peu retombé, nous feuilletons avec inquiétude les pages du Littré et d'autres ouvrages qui, à notre grand étonnement, déposent une cerise inattendue sur le gâteau que nous pensions s'émietter : hareng et harangue ne viennent pas du même mot. Pour faire court aux yeux des profanes en une science labyrinthique : l'un descend, après bien des détours, d'un "poisson salé" latin ; l'autre résulte d'une collision entre l'arène et le ring. N'en jetons plus !
................................décrire, décrier, écrire, crier, cirer, rire, ire domum.
mardi 16 octobre 2018
Bricoles : 020 - Étymologie
Les politiciens qui haranguent les foules nous ont toujours fait penser aux poissonniers qui vendent leurs harengs à la criée. Une similitude nauséabonde des odeurs et des paroles abonde en ce sens, et dans les deux cas un bon dessalage sera préconisé dès le retour au bercail. Une fois préparés, la chair et les discours pourront se révéler moins indigestes qu'ils ne l'étaient de prime abord sur des bancs matois devant le chaland piétinant un pavé rebattu. Il s'ensuivra, plus souvent qu'à l'accoutumée des imbéciles, un effet roboratif tant pour le corps que pour l'esprit. Jusqu'ici tout va donc pour le mieux dans le meilleur des vocabulaires : la paronymie de la harangue et du hareng, servant à merveille notre propos, nous allège d'un fardeau qui aurait embarrassé notre jonglerie avec les boules déjà lestées que sont les mots. Une euphorie légère s'empare de nous. Poissons béats, nous flottons entre deux lignes. Libérés de la pesanteur du style, nous nous apprêtons à décrocher un pompon bien mérité après toutes ces gesticulations plumitives, quand soudain le spectre de l'étymologie ‒ un bât blessant capable de nous étaler comme un crêpe noir ‒ se rappelle à notre bon souvenir : la probable origine commune des deux termes va nous casser la baraque, les laissant s'embrasser comme des frères, nous qui cherchions une amitié plus déliée de colocataires. Notre beau soufflé un peu retombé, nous feuilletons avec inquiétude les pages du Littré et d'autres ouvrages qui, à notre grand étonnement, déposent une cerise inattendue sur le gâteau que nous pensions s'émietter : hareng et harangue ne viennent pas du même mot. Pour faire court aux yeux des profanes en une science labyrinthique : l'un descend, après bien des détours, d'un "poisson salé" latin ; l'autre résulte d'une collision entre l'arène et le ring. N'en jetons plus !
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Publié le même jour qu'une allocution d'Emmanuel Maquereau. Un pur hasard.
RépondreSupprimer