Il était une fois une reine aigrie répandant sans cesse autour d'elle une odeur de ris de veau et de champignons de Paris qui maintenait ses courtisans à distance respectable. Elle se nourrissait essentiellement des bouchées à la reine qui lui étaient toujours servies. C'était l'étiquette à la cour, le prix à payer pour se régaler sur le dos du peuple avec une nappe brodée et des couverts en argent, et comme son maître d’hôtel était pointilleux il mettait les bouchées doubles. Sur ordre du grand apothicaire préposé à la royale santé, son cuisinier privé allait jusqu'à retirer le jaune des œufs pour que la recette respectât le principe salutaire des blanc-mangers médiévaux. Fatiguée de ce régime, elle s'enfuit un beau jour ‒ la pluie l'aurait freinée ‒ dans les prés à la recherche de haricots princesse et de pommes dauphine qui lui rappelleraient sa jeunesse, mais ce n'était plus la saison. Un paysan empli de mauvais cidre et de fausse compassion lui proposa une pomme de reinette qu'elle dédaigna, se prenant pour une grande reine. Le paysan vexé ‒ en vérité un enchanteur voyageant incognito ‒ lui jeta un hareng qui ne sentait rien de bon et un sort qui la métamorphosa en rainette. Depuis cette lamentable aventure indigne d'un conte qui se voudrait inventif, notre grenouille accomplie gobait des insectes répugnants et bondissait dans la vase des étangs. Elle coassait parmi nénuphars et nymphéas, frayait sans entrave et ne s'en portait pas plus mal. La morale de cette histoire n'est pas celle qui se précipite à l'esprit du lecteur comme la solution dans une fiole jaugée. Considérons seulement que les magiciens d'alors étaient plus alchimistes que psychologues. Ils ne maîtrisaient pas encore le secret de la poudre freudienne qui percerait un jour les épaisses murailles des cerveaux. Les trônes de fer et les chaises curules représentaient la norme sous les voûtes des châteaux, ils étaient peu confortables et prédisposaient moins à la confidence que les divans des Turcs.
................................décrire, décrier, écrire, crier, cirer, rire, ire domum.
dimanche 5 novembre 2017
Bricoles : 008
Il était une fois une reine aigrie répandant sans cesse autour d'elle une odeur de ris de veau et de champignons de Paris qui maintenait ses courtisans à distance respectable. Elle se nourrissait essentiellement des bouchées à la reine qui lui étaient toujours servies. C'était l'étiquette à la cour, le prix à payer pour se régaler sur le dos du peuple avec une nappe brodée et des couverts en argent, et comme son maître d’hôtel était pointilleux il mettait les bouchées doubles. Sur ordre du grand apothicaire préposé à la royale santé, son cuisinier privé allait jusqu'à retirer le jaune des œufs pour que la recette respectât le principe salutaire des blanc-mangers médiévaux. Fatiguée de ce régime, elle s'enfuit un beau jour ‒ la pluie l'aurait freinée ‒ dans les prés à la recherche de haricots princesse et de pommes dauphine qui lui rappelleraient sa jeunesse, mais ce n'était plus la saison. Un paysan empli de mauvais cidre et de fausse compassion lui proposa une pomme de reinette qu'elle dédaigna, se prenant pour une grande reine. Le paysan vexé ‒ en vérité un enchanteur voyageant incognito ‒ lui jeta un hareng qui ne sentait rien de bon et un sort qui la métamorphosa en rainette. Depuis cette lamentable aventure indigne d'un conte qui se voudrait inventif, notre grenouille accomplie gobait des insectes répugnants et bondissait dans la vase des étangs. Elle coassait parmi nénuphars et nymphéas, frayait sans entrave et ne s'en portait pas plus mal. La morale de cette histoire n'est pas celle qui se précipite à l'esprit du lecteur comme la solution dans une fiole jaugée. Considérons seulement que les magiciens d'alors étaient plus alchimistes que psychologues. Ils ne maîtrisaient pas encore le secret de la poudre freudienne qui percerait un jour les épaisses murailles des cerveaux. Les trônes de fer et les chaises curules représentaient la norme sous les voûtes des châteaux, ils étaient peu confortables et prédisposaient moins à la confidence que les divans des Turcs.
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Brillant et drôle ! Les précédents ne le sont pas moins. Il est agréable de sentir que l'on ne comprend pas tout, de se dire qu'à une prochaine lecture de nouvelles strates apparaîtront.
RépondreSupprimerGuillaume