jeudi 7 juillet 2016

*Ghorto 2





















Mettre ma clé dans sa serrure, défoncer la porte, violer le règlement : le fantasme de la liberté.

Curieusement, les téléphones cellulaires sont interdits dans la prison.

Dans cette étrange maison d’arrêt, les gardiens promènent des chiens d'arrêt, portent des crans d'arrêt, mais ne lisent pas Kadaré ; j'ai pu parler avec l'un d'entre eux qui prétend venir des Monts d'Arrée.

Au menu, une rondelle de jésus que je mastique bruyamment ; le gardien m’observe par le judas.

Il y a peu d'entraide parmi les détenus, bien que nous nous serrions les coudes individuellement dans nos cellules étroites.

Nos tortionnaires nous maintiennent en vie ; le sang de la prison oxygène nos cellules.

Harpagon retire de minuscules médaillons de chair de mon scrotum scarifié, pourtant ces modestes prélèvements semblent lui coûter encore, comme s'ils sortaient de sa propre bourse.

Knock est bien décidé à me guérir de mon silence ; il renonce à m'arracher la langue.

Même le temps est arrêté dans cette maison d'arrêt, et l'espace s'en trouve réduit pour une sombre histoire de relativité restreinte.

Quand par la fenêtre le soleil réchauffe ma cellule, je me fais lézard et pénètre la lézarde dans le mur...

1 commentaire:

  1. Bonjour, Gilbert.

    Quel plaisir de découvrir que tu poursuis sur ta lancée carcérale ! Tantôt, c'est hilarant, tantôt, cela fait frissonner, tantôt, c'est d'une savoureuse subtilité... Bref, deux belles pages.

    Bel été à toi.

    Guillaume

    RépondreSupprimer